Les dessous de Narcisse

Aujourd’hui, Anaïs Mateos nous ouvre son cœur. À travers un recueil de textes poétiques, Anaïs dépeint ses amours, ses déceptions, son histoire, son chemin, avec une plume délicate, fine, envoûtante… Laissez-vous porter, et c’est en vous égarant dans les envolées lyriques de Narcisse que vous vous surprendrez à apercevoir le reflet de votre destin, un écho juste et bouleversant du destin commun qui appartient à chacun(e) d’entre nous. Anaïs nous raconte ses frustrations, ses désirs, sa colère, son émoi, sa tristesse, ses réconciliations, ses incompréhensions, dans un hommage universel à l’amour. Focus sur la jeune poète.

La poésie, une passion ou un exutoire ?

Je ne parle jamais de poésie pour décrire ce que j’écris. J’aime seulement l’image par les mots. Narcisse est un pur exutoire. L’écriture était un moyen d’exprimer ce que je ressens au fond de moi. Dans Narcisse j’y ai déversé mes colères, mes angoisses, l’amour que j’ai pu ressentir, mes pleurs. J’ai beaucoup pleuré en écrivant. Quant à la passion, c’est sûrement vrai. J’ai passé certaines nuits à écrire des dizaines de textes, et puis quelques fois plus rien pendant plusieurs semaines. L’écriture est devenue une drogue. Lorsque je veux écrire, je dois le faire, au risque de ressentir un manque énorme, à ne plus pouvoir dormir, ou me concentrer. Il m’arrive même d’ouvrir les yeux en pleine nuit et de me mettre à écrire dans les secondes qui suivent.

Quand as tu commencé à écrire Narcisse, et surtout pourquoi ?

Officiellement, j’ai commencé à écrire Narcisse en novembre 2016. Mais au fond de moi je sais que les mots ont commencé à s’étaler sur le papier quelques mois avant, à la suite d’une rupture. J’ai reçu un jour une lettre. Une jolie lettre non signée. J’ai eu envie d’y répondre, et c’est à ce moment là que j’ai recommencé à utiliser ma plume. J’avais toujours écrit, mais cette fois, après 5 années de silence, les phrases étaient plus profondes… J’avais quelque chose à dire, à crier.

Narcisse en 3 mots :

– Poétique. Les premiers textes de Narcisse sont ceux qui contiennent le plus d’images. S’exprimer en métaphores c’était une manière cachée d’avouer des sentiments, de ne pas le crier trop fort, de faire en sortes de ne pas se dévoiler à n’importe qui mais seulement à ceux qui peuvent le comprendre. Narcisse était un secret…
– Authentique. Si Anaïs se protège, Narcisse est sans filtres. Tout ce que j’ai écris était réaliste, sortait de ma poitrine et non de ma tête.
– Poignant. Mon coeur était inondé de tristesse et de désespoir. Narcisse m’a permis de m’ouvrir, de me vider de ce qui me mettait en colère, de ce qui me bloquait. Grâce à Narcisse j’ai retiré une à une des épines de ma chaire.

Narcisse, c’est qui ?

Narcisse, c’est quoi, plutôt… Au début c’était juste pour faire des mots une liaison jolie, sans aucun objectif… Et au fur et à mesure Narcisse s’est avéré être une thérapie qui vient de s’achever, une expérience que j’ai aujourd’hui envie de partager.

Narcisse, une ôde à l’amour ?

Narcisse c’est plein d’amour, et d’espoir… Certain textes sont tristes mais ils parlent à beaucoup de gens, de situations. J’ai vu des personnes pleurer en lisant Narcisse, c’était très touchant. Toutes les personnes pour qui j’ai écris dans Narcisse sont des personnes que j’ai aimé. Amicalement ou amoureusement. L’amour est la cause de tout cela. Mais pas seulement.

Narcisse, la perversion personnifiée ?

J’ai un passé douloureux. L’un de mes premiers textes plonge le lecteur sur un champs de bataille, la fin d’une guerre. Un moment où il faut tout reconstruire, où l’on est entre la force de se relever et la faiblesse d’avancer. Il a fallut dans un premier temps oublier certaines souffrances, oublier la personne abattue que j’ai été. Et ne retenir que la force. Les premiers mois d’écriture évoquent les retrouvailles avec moi-même, la liberté de penser, d’être soi, de ne plus se taire, d’oublier… Mais on n’oublie pas. Un jour, plus d’un an après, mon passé m’a réveillé. Ce fut un sursaut. Après plus de cent textes mon coeur était en train de me dicter qu’il était temps que j’écrive ce qui m’avait fait temps de mal. Qu’il était temps que j’extériorise ce qui me rongeait vraiment, que je fasse table rase de mes douleurs les plus profondes, celles qui m’ont laissé de grandes cicatrices. J’ai alors écris le texte « Avant Narcisse ». Narcisse n’est pas perversion personnifiée. J’ai connu des êtres pervers, j’ai appris des hommes bien des défauts, mais j’ai aimé. Je me suis rapprochée d’êtres qui auraient pu ne pas en valoir la peine, j’ai joué avec le feu, je me suis brûlée. Si la première fois, j’ai eu si mal au point de croire que j’allais en mourir, les autres fois je ne ressentais plus rien. J’étais peut-être guérie, prête à accueillir le véritable amour à mes côtés, non plus ce qui ne me correspondait pas ou plus.

Quelle est ton inspiration lorsque tu écris ? Qu’est ce qui alimente ta plume ?

Ma vie, mes émotions, et l’humain sont mes inspirations. L’humain me passionne.  J’écris souvent en musique. Il m’est arrivé d’écrire pendant trois heures différents textes, avec la même musique en boucle. Et si il y a une chose qui a beaucoup alimenté ma plume ce fut la souffrance ou la frustration :  « Fais moi souffrir et ma plume n’ira que mieux, je nourrirai Narcisse de ces mots que tu ne dis pas ».

Ta faiblesse à travers Narcisse ?

Je suis très impulsive. Mais c’est quelque chose que je tente de corriger. J’essaie de ne plus m’emporter pour rien, d’être plus calme. Dans Narcisse, en revanche, cette impulsivité a été une faiblesse, car certains textes ont pu faire mal. Mais finalement n’est ce pas cette faiblesse qui m’a permise de livrer ce qu’il y avait de plus beau, de plus poignant…

Et ta force ? Quelle richesse tires tu de ce recueil ?

Ma force a été d’exprimer de la manière la plus juste ce que je pouvais ressentir, d’avoir appris à dialoguer avec mon coeur. Et j’ai appris à pardonner, à accepter les défauts de l’autre, à regarder les imperfections comme des choses intrigantes  à percer. Les gens lisses ne m’intéressent pas. J’ai appris à laisser partir ce qui devait, à ne plus me faire de mal. À cesser de vouloir guérir ou changer ce qui ne veut pas. À accepter tant qu’il y avait du respect. En revanche j’ai laissé de côté, et ceci même dans mes écrits ces personnes qui sont incohérentes, irrespectueuses, individualistes, qui ne sont amoureuses de personne d’autre à part d’elles même. Ces personnes ne m’inspirent pas un seul mot d’amour…

 

De l’ombre à la lumière, comment Narcisse t’a guérie

Narcisse m’a ouverte, m’a permis de m’exprimer. Écrire était quelque chose que je m’étais interdit pendant cinq ans. J’avais mis de côté cette partie de moi, au même titre que je m’étais éteinte. Réécrire a été une sorte de victoire. Sans jamais me forcer, ma plume s’en allait à la découverte de mes pensées, de mon âme. Des fois beaucoup, des fois peu… Narcisse me faisait du bien jusqu’au jour où je n’ai plus eu envie, ou besoin,  d’écrire sur les hommes, l’amour, ou mes souffrances. J’étais guérie. Mon coeur est aujourd’hui plus léger, et a fini de saigner pour un temps. J’ai retrouvé la lumière. Et malgré ce que j’ai pu écrire dans « Chère Absinthe », au sujet des princes charmants qui n’existent pas, il se peut que je me sois trompée…

Ton texte préféré ?

Il est très difficile de choisir. Il y en a beaucoup. Je pense que mon préféré est un des derniers : La Mante. Les plus beaux pour moi ne sont pas les plus parfaits, ce sont ceux que j’ai écris en quelques minutes, avec les larmes coulant sur mes joues, fiévreuse… Celui qui me ressemble le plus est « L’oiseau sauvage ». Lorsque l’on me demande qui je suis j’envoie ce texte.

Ton premier texte  ?

Il s’agissait d’une lettre pour Florian. Le premier texte dans lequel j’ouvre mon coeur, où je m’exprime sur mon passé et sur l’espoir d’un futur plus doux.

Ton dernier texte?

« Je m’efface ». Il s’agit d’un texte dans lequel Narcisse laisse sa place à Anaïs… C’est une belle manière de conclure.

Un vers que tu retiens ?

« Il manque ton sourire pour éclairer cette toile immaculée. Il manque ton rire pour faire vivre ces silences que tu as laissé. Il manque ton regard pour créer mes répliques, mes poèmes, mes écrits enflammés. », extrait de « Sans toi« .

Un regret ?

Non, aucun.

Narcisse n’a plus froid aux yeux ?

Si l’on m’avait dit il y a un an que Narcisse serait le nom du recueil et non celui de l’auteur, je ne l’aurais pas cru. C’est la preuve que j’ai grandis, et que cette confiance que j’avais perdue a bien été retrouvée.

À quand la publication ?

Patience…

Le plus grand secret de Narcisse ?

Avant c’était moi (Anaïs), maintenant il n’y en a plus.

Le fantôme de Narcisse, il existe ?

Dans le recueil, je fais plusieurs fois allusion au fantôme de Narcisse, notamment dans le texte « Avant Narcisse ». La fin du recueil en révèle davantage.

Un mot à tes lecteurs et tes lectrices ?

J’ai envie d’adresser un message d’espoir. Que la vie est pleine de surprises, d’expériences, qu’il ne faut cesser de cueillir ce qui  se présente sur son chemin, ne pas juger, ne pas avoir peur de se tromper ou de regretter. Mais surtout, il faut toujours croire en soi, savoir qui on est, et garder confiance.


Propos recueillis par Anissa Ennouhi

Un grand merci à Anaïs Mateos

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