La Béatrice de Dante nous dévoile ses secrets…

Ce tableau iconique, œuvre du peintre Henri Holiday, met en scène la rencontre de Dante et Béatrice Portinari sur le pont Santa Trinità à Florence. Considérée comme l’œuvre la plus importante du peintre britannique, cette huile sur toile appartient aujourd’hui à la collection de la Walker Art Gallery à Liverpool. Henry Holiday était un préraphaéliste. A sa mort, il est considéré comme le dernier peintre du mouvement. Le préraphaélisme est né au Royaume-Uni en 1848 et imite la peinture des maitres italiens du XVe, prédécesseurs de Raphaël, qui peut être considéré comme le modèle ultime. Dante était l’un des sujets de prédilection d’Henry Holiday, également auteur du célèbre tableau Dante’s Dream. Pour d’autres historiens, cette scène, au lyrisme inébranlable, serait en réalité une scène de conflit. Suite à des rumeurs accusant Dante de se vanter de l’intérêt qu’il porte à d’autres femmes, Béatrice, accompagnée de son amie Monna Vanna et de sa servante, détourne le regard et refuse d’adresser la parole au poète.  Qui dit vrai ? A vous de vous laisser porter par cette toile bercée de la douceur des couleurs pastelles de la palette d’Henry Holiday, et de vous faire votre propre version de cette scène mystérieuse.       La rencontre :   « (…)il advint, le dernier de ces jours, que cette admirable dame m’apparut vêtue de couleur très blanche, au milieu de deux nobles dames plus âgées ; et, passant par une rue, elle tourna les yeux du côté où je me tenais tout craintif ; et avec cet ineffable courtoisie qui est aujourd’hui récompensée dans le siècle sans fin, elle m’adressa un salut à si grand effet que je crus voir les dernières bornes de la béatitude. »  Dante, Vita Nuova Dante, par cette envolée lyrique autour du personnage de Béatrice, apporte une dimension irréelle, presque mystique à cette rencontre. Objet de béatitude, de douceur et d’enivrement, la salutation de Béatrice pousse Dante à s’échapper et à s’enfermer chez lui. Il accorde à cette rencontre, en apparence banale, une profonde signification. Le poète italien, dans son œuvre biographique Vita Nuova, raconte sa première rencontre avec Béatrice. C'est en 1274 que Dante aurait rencontré pour la première fois celle qui sera son plus grand amour. Tous deux étaient âgés de 9 ans. Déjà enivré par la beauté de la jeune fille, Dante réserve une place toute particulière à Béatrice dans son œuvre. La deuxième rencontre, neuf ans plus tard, représentée par Henry Holiday, marque le début de la grande histoire d’amour entre le poète et sa muse, alors âgés de 18 ans. Le chiffre 9, dans cette rencontre, est symbolique.  De son vrai nom Bice di Folco Portinari, Béatrice épouse Simone de Bardi et meurt précocement en 1290. Dans la Vita Nuova, Dante décrit sa passion et son désespoir à la mort de Béatrice. Il raconte la crise profonde qui s'ensuit, son errance et son aventure avec une « noble dame », et enfin son repentir. Nombre d’historiens doutent de l’existence du personnage de Béatrice, et nombre d’eux remettent en cause la véracité de l’aventure entre le poète et sa muse. Béatrice, dans les poèmes de Dante, se distingue comme l’allégorie de la grandeur divine, comme l’avènement de la lumière. Au final, le mythe de Béatrice ne serait-il pas une allégorie filée de la philosophie à travers l’œuvre du poète ?   Saurez-vous percer le mystère ?     Une mystérieuse allégorie…  Pour finir en beauté et en poésie  Perdu dans cette mer d'éternelle lumière, Ce phare m'éblouit tellement de ses feux, Que je ne vis plus rien dans ce miroir des cieux. .. Aimer et ne plus voir ramenèrent mon âme Au flambeau de ma vie, aux beaux yeux de ma Dame...  Dussé-je en son honneur réunir dans mes vers, Tout ce que j'ai dit d'elle en mille chants divers, Je resterais encore impuissant à la peindre... Aux beautés que je vis nul ne saurait atteindre ; Je dis plus, et je crois qu'un Joyau d'un tel prix, Par son créateur seul peut être bien compris !  ...........................................  Comme un soleil trop vif brûle mes faibles yeux, Devant ce doux sourire et sa splendeur suprême, Ma mémoire fléchit et se manque à soi-même. Du jour où je la vis pour la première fois, Jusqu'à ce nouveau Jour, ni mes vers, ni ma voix N'ont fait défaut, je pense, à Celle que j'adore ; Mais il faut renoncer à la chanter encore, Comme, ayant épuisé son art dans un tableau, Le peintre loin de soi rejette son pinceau. Donc je laisse humblement Celle que j'ai nommée Au clairon plus brillant d'une autre Renommée, Et je cours au grand but qui me tient tant au cœur ! .................................................  Aux mots divins tombés de la bouche que j'aime, Je me sentis grandir au-dessus de moi-même. Mon regard se refit si perçant et si sûr Qu'il eût pu soutenir un jour encore plus pur. Je vis couler alors en forme de rivière, Brillant de mille feux, un torrent de lumière...  .............  O toi ma Béatrix ! Béatrix, m'écriai-je !... Sans ajouter un mot, je relevai les yeux, Et je vis aux reflets de son front radieux, Que l'éternel rayon lui servait de couronne.  ...................  Sa gloire et sa splendeur m'arrivaient sans mélanges : « O toi par qui j'espère, ô saint amour des anges ! Toi qui, pour m'arracher aux pièges des pervers, Laissas de ton passage un vestige aux enfers, Tu m'as montré le Ciel : C'est en suivant ta trace, Que j'ai compris de Dieu la puissance et la grâce. D'humble et d'esclave, un jour tu m'as fût libre et fort; Tu m'ouvris les sentiers qui conduisent au port... Car que ne peux-tu pas, ô chère et sainte Dame ! Veille sur moi ; c'est peu d'avoir sauvé mon âme ; Rends-la digne de toi, quand, du milieu des morts, Cette âme aura quitté les vils liens du corps !... »  (PARADIS. — Chants 30 et 31e passim.)Ce tableau iconique, œuvre du peintre Henri Holiday, met en scène la rencontre de Dante et Béatrice Portinari sur le pont Santa Trinità à Florence. Considérée comme l’œuvre la plus importante du peintre britannique, cette huile sur toile appartient aujourd’hui à la collection de la Walker Art Gallery à Liverpool. Henry Holiday était un préraphaéliste. A sa mort, il est considéré comme le dernier peintre du mouvement. Le préraphaélisme est né au Royaume-Uni en 1848 et imite la peinture des maitres italiens du XVe, prédécesseurs de Raphaël, qui peut être considéré comme le modèle ultime. Dante était l’un des sujets de prédilection d’Henry Holiday, également auteur du célèbre tableau Dante’s Dream. Pour d’autres historiens, cette scène, au lyrisme inébranlable, serait en réalité une scène de conflit. Suite à des rumeurs accusant Dante de se vanter de l’intérêt qu’il porte à d’autres femmes, Béatrice, accompagnée de son amie Monna Vanna et de sa servante, détourne le regard et refuse d’adresser la parole au poète.  Qui dit vrai ? A vous de vous laisser porter par cette toile bercée de la douceur des couleurs pastelles de la palette d’Henry Holiday, et de vous faire votre propre version de cette scène mystérieuse.       La rencontre :   « (…)il advint, le dernier de ces jours, que cette admirable dame m’apparut vêtue de couleur très blanche, au milieu de deux nobles dames plus âgées ; et, passant par une rue, elle tourna les yeux du côté où je me tenais tout craintif ; et avec cet ineffable courtoisie qui est aujourd’hui récompensée dans le siècle sans fin, elle m’adressa un salut à si grand effet que je crus voir les dernières bornes de la béatitude. »  Dante, Vita Nuova Dante, par cette envolée lyrique autour du personnage de Béatrice, apporte une dimension irréelle, presque mystique à cette rencontre. Objet de béatitude, de douceur et d’enivrement, la salutation de Béatrice pousse Dante à s’échapper et à s’enfermer chez lui. Il accorde à cette rencontre, en apparence banale, une profonde signification. Le poète italien, dans son œuvre biographique Vita Nuova, raconte sa première rencontre avec Béatrice. C'est en 1274 que Dante aurait rencontré pour la première fois celle qui sera son plus grand amour. Tous deux étaient âgés de 9 ans. Déjà enivré par la beauté de la jeune fille, Dante réserve une place toute particulière à Béatrice dans son œuvre. La deuxième rencontre, neuf ans plus tard, représentée par Henry Holiday, marque le début de la grande histoire d’amour entre le poète et sa muse, alors âgés de 18 ans. Le chiffre 9, dans cette rencontre, est symbolique.  De son vrai nom Bice di Folco Portinari, Béatrice épouse Simone de Bardi et meurt précocement en 1290. Dans la Vita Nuova, Dante décrit sa passion et son désespoir à la mort de Béatrice. Il raconte la crise profonde qui s'ensuit, son errance et son aventure avec une « noble dame », et enfin son repentir. Nombre d’historiens doutent de l’existence du personnage de Béatrice, et nombre d’eux remettent en cause la véracité de l’aventure entre le poète et sa muse. Béatrice, dans les poèmes de Dante, se distingue comme l’allégorie de la grandeur divine, comme l’avènement de la lumière. Au final, le mythe de Béatrice ne serait-il pas une allégorie filée de la philosophie à travers l’œuvre du poète ?   Saurez-vous percer le mystère ?     Une mystérieuse allégorie…  Pour finir en beauté et en poésie  Perdu dans cette mer d'éternelle lumière, Ce phare m'éblouit tellement de ses feux, Que je ne vis plus rien dans ce miroir des cieux. .. Aimer et ne plus voir ramenèrent mon âme Au flambeau de ma vie, aux beaux yeux de ma Dame...  Dussé-je en son honneur réunir dans mes vers, Tout ce que j'ai dit d'elle en mille chants divers, Je resterais encore impuissant à la peindre... Aux beautés que je vis nul ne saurait atteindre ; Je dis plus, et je crois qu'un Joyau d'un tel prix, Par son créateur seul peut être bien compris !  ...........................................  Comme un soleil trop vif brûle mes faibles yeux, Devant ce doux sourire et sa splendeur suprême, Ma mémoire fléchit et se manque à soi-même. Du jour où je la vis pour la première fois, Jusqu'à ce nouveau Jour, ni mes vers, ni ma voix N'ont fait défaut, je pense, à Celle que j'adore ; Mais il faut renoncer à la chanter encore, Comme, ayant épuisé son art dans un tableau, Le peintre loin de soi rejette son pinceau. Donc je laisse humblement Celle que j'ai nommée Au clairon plus brillant d'une autre Renommée, Et je cours au grand but qui me tient tant au cœur ! .................................................  Aux mots divins tombés de la bouche que j'aime, Je me sentis grandir au-dessus de moi-même. Mon regard se refit si perçant et si sûr Qu'il eût pu soutenir un jour encore plus pur. Je vis couler alors en forme de rivière, Brillant de mille feux, un torrent de lumière...  .............  O toi ma Béatrix ! Béatrix, m'écriai-je !... Sans ajouter un mot, je relevai les yeux, Et je vis aux reflets de son front radieux, Que l'éternel rayon lui servait de couronne.  ...................  Sa gloire et sa splendeur m'arrivaient sans mélanges : « O toi par qui j'espère, ô saint amour des anges ! Toi qui, pour m'arracher aux pièges des pervers, Laissas de ton passage un vestige aux enfers, Tu m'as montré le Ciel : C'est en suivant ta trace, Que j'ai compris de Dieu la puissance et la grâce. D'humble et d'esclave, un jour tu m'as fût libre et fort; Tu m'ouvris les sentiers qui conduisent au port... Car que ne peux-tu pas, ô chère et sainte Dame ! Veille sur moi ; c'est peu d'avoir sauvé mon âme ; Rends-la digne de toi, quand, du milieu des morts, Cette âme aura quitté les vils liens du corps !... »  (PARADIS. — Chants 30 et 31e passim.)


Par Anissa Ennouhi

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