Chiraz, 16 ans, algérienne et Salma, 17 ans, marocaine

Chiraz et Salma, élèves du Lycée Georges de la Tour en 1ère S, dans la même classe depuis la seconde, se sont heurtées aux mêmes difficultés. « Tu ne veux pas faire STMG ? », voici une phrase qui, étonnamment, revient très souvent, adressée à des élèves qui ont des résultats satisfaisants. Étonnant ? Certaines remarques le sont d’autant plus : « un jour, j’étais dans le bus avec Chiraz. On parlait entre nous, et comme c’est plus facile pour nous, on parlait arabe. Une prof de français de notre lycée, qui était aussi dans le bus, nous a fait une remarque, et nous a dit de parler français. » « De toute évidence, certains autres élèves ne veulent pas qu’on ait de bonnes notes », affirment les deux jeunes filles, invoquant le comportement provoquant de certains élèves à leur encontre. « Du coup, on est tout le temps ensemble », rajoutent-elles.

En effet, les deux jeunes étant filles scolarisées dans un établissement élitiste, il semblerait que leur intégration prenne un tournant bien différent de celui de certains autres élèves. Chiraz et Salma expliquent être parmi les seules étrangères du lycée, et ainsi, les seules à ne pas maîtriser parfaitement le français. La langue est-elle réellement la seule barrière ?

Aux temps où le voile et sa légitimité sont sans cesse remis en question, les réponses des jeunes pour qui l’hijab est culturel détonnent. Le port du voile est-il traditionnel ou religieux ? A-t-il sa place à l’école ? Dans la mode ? La question peut paraitre banale, mais les réponses recueillies sont plutôt étonnantes et révélatrices de beaucoup d’incompréhensions et de mauvaises interprétations. Tous s’accordent à dire que les filles d’origine maghrébine, syrienne, et de confession musulmane, sont bien souvent stigmatisées, et ce très souvent à cause du port du voile. « Psychologiquement, c’est difficile », explique Chiraz. Loin de s’apitoyer sur son sort, la lycéenne tente de comprendre pourquoi tant de barrières lui sont imposées par son environnement scolaire. « Il ne s’agit pas d’un racisme ouvert, c’est implicite », rajoute Salma. Un regard discriminant qui fait barrière à l’émancipation ? Ou un voile qui entrave les libertés des femmes et qui les contraint à être stigmatisées ?

Anissa Ennouhi

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