« Je t’aime… tout court »

La lumière du jour caressait ses courbes, dissimulées sous un drap blanc. C’était le matin. Un matin qui devait annoncer la fin d’une histoire. Le soleil l’accompagnait dans le soulagement qu’elle éprouvait d’être nouvelle. Narcisse devenait autre de ce qu’elle était hier. Elle débutait un lendemain plein de promesses. Les yeux écarquillés elle semblait déterminée et perdue à la fois. Que lui avait-il laissé ? Qu’avait-elle vécu ? Sortait-elle d’un rêve ? D’un conte ? Etait-elle devenue une héroïne ou juste la seconde ? Elle laissa s’exprimer son corps nu, s’étirant gracieusement au rythme des secondes. La fenêtre ouverte laissa une brise caresser sa peau. Elle se souvint alors de ce soir d’orage… Aucune goutte de pluie n’avait pu percer le ciel, une pesanteur régnait là où les rires ne cessaient.  Elle était là, malgré elle, retrouvant par l’ivresse, les folies d’antan. Et il y eut cet instant, ce premier regard. Elle n’aurait pensé s’en rappeler, elle n’aurait pensé qu’il marquerait le début d’une histoire. La fenêtre se ferma brusquement la réveillant de ce souvenir foudroyant. 

Que devait-il se passer ? Que devait-il jaillir de cela ? Elle se leva et s’assieds au bord du lit. Ses yeux se posèrent sur la table de chevet. Quelques feuilles volantes écrites à l’encre transpiraient les premiers mots du poète chantant. Son sourire, ses rires, ses bras, ses baisers… Leurs étreintes, leurs disputes, leurs excès, leurs coeurs émiettés. Elle avait été surprise par ce qu’il émanait. Surprise de rire de ce qu’il lui contait, envoûtée par sa présence et la simplicité d’un bonheur naissant. Doucement elle laissait son coeur s’échapper, le laissant libre de se livrer. Mais autant de simplicité n’aurait jamais fait l’objet d’une histoire. Ni elle ni lui ne semblaient devoir vivre ce qui paraissait timidement se présenter. Les passions, les mots volants, les moments sans raison, les mains  brûlantes,  et les regards perçants ne devaient être le signe de rien. Elle comprit qu’elle devait renoncer. Ne jamais l’aimer. Ne jamais plus laisser son coeur s’en aller. Elle ne tomberait en amour pour celui qu’elle ne pouvait imaginer. Elle se leva, traversa la pièce et resta plantée devant le miroir. Elle avait été pour lui une « princesse » . Une princesse à l’aura brûlante. Elle était son volcan, celui dont le magma s’éveille, pleine de passion, ne cachant ni colère, ni enchantement. Mais elle n’était pas celle de son coeur. Elle n’était pas non plus l’une des fleurs de son bouquet. Bercée par les romances, Narcisse ne pouvait croire en  l’histoire du marchand de fleurs. Elle préférait  le penser amoureux du passé, plutôt que menteur. Elle n’arrivait pas à percevoir la malice d’un renard, que peut-être  cette histoire ne serait qu’une de plus à ses journaux, qu’elle finirait en ruine, dans l’oubli comme d’autres dont elle ne se souvient. 

Elle se dirigea vers la douche laissant couler ce qui effacerait leurs derniers matins. Peut-être qu’il se souviendrait d’elle, peut-être qu’il reviendrait, peut-être qu’elle habiterait son âme, peut-être qu’il l’aimait. Mais ce qu’elle pensait à ce moment même était le fruit de ses larmes. Comment commencer une histoire quand une autre ne semble finie ?  Comment imaginer ouvrir son coeur quand celui-ci est déjà nourri ?  Comment Narcisse pouvait-elle songer être dans l’esprit qui ne pensait qu’à l’Orchidée ?  

Abandonnant l’eau ruisselante elle balaya ses dernières  pensées. Elle ne souhaitait plus imaginer ce qu’elle ne connaissait, elle ne voulait ni le détester, ni l’oublier. Elle ne voulait pour lui qu’un bonheur infini. Tout en s’habillant elle commençait à s’éloigner de lui, à retrouver cette place qu’elle n’aurait dû ignorer. Elle resterait l’amie qu’elle n’avait jamais été. Les mains tremblantes, enfouies dans son sac,  elle sortit un mouchoir parsemés de mots*. Il était le témoin d’un instant ou son coeur avait parlé. En quittant cette chambre elle retrouverait cette femme qui n’avait plus peur de perdre, qui n’avait retenu que :

« Ce que je vis de vous, un éclat de rire, des sanglots doux.

Ce que je vis de vous, une histoire sans nom, un morceau de nous.

C’est aujourd’hui à vous, c’est de moi à vous, la beauté de nous.

Plus simple que le monde, plus vibrant que nos coeurs, plus pur que nos âmes.

De vous à nous, cette histoire d’un soir, sans doute celle de toutes les nuits.

Le rêve insouciant d’un instant, celui que vous dites vivre sans vous soucier du temps.

Celui qui passe de nous à vous. De vous je n’attends rien,

de nous vous êtes bonheur, guettant le néant d’un amour fou ».

La porte claqua laissant les bribes en papier* d’une histoire sans fin. 

Je t’aime (aussi) tout court… 

Narcisse 

« *le temps est aussi mon ami… Je saurai t’attendre. »

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