Le train passera dans une heure…

Cette fois-ci, elle le prendra
. Elle pense que l’attente lui donnera le temps.
 Celui de savoir, de comprendre, d’être sûre.

Ses mèches de cheveux seront balayées par le vent.
 Son visage sera rougi par le froid et la chaleur d’un intérieur mobile.
 La tête haute, celle des fiertés qu’elle tentait de fuir, dont elle ne peut se résigner à cet instant.
 Le retour des apparences. Celles qui protègent les êtres d’eux-mêmes. Celles qui endorment l’âme et le cœur afin que ceux-ci n’exaltent leurs mots les plus purs.

La mise à nu lui aura valu bien des blessures et des peines.
 L’aiguille de l’horloge qui ne cesse de trotter la prévient qu’elle revêtira bientôt ce manteau.
 Le même que celui de ceux qui l’entourent. Elle voudrait laisser sur le quai les fausses mauvaises conduites, le poids de l’amour qui l’envahit. Mais elle gardera ses sanglots qu’elle engloutira douloureusement un par un au fond de sa gorge. Des morceaux de larmes qui inonderont son cœur meurtri par l’indifférence.

Un bruit plein de brume surgit soudain et s’amplifia secondes après seconde. Elle n’était pas prête, mise au défi. Elle se retourna, pensa à lui. Lui qui aurait dû être là. Elle aurait aimé sentir son souffle chaud dans sa nuque, revoir son sourire, son regard si expressif. Elle aurait voulu ressentir ses bras l’enlacer et la puissance de ses doigts dans son dos. Elle aurait voulu réentendre sa voix lui chanter de doux mots… Elle aurait voulu qu’il la retienne, qu’il la saisisse par le bras et l’empêche de monter dans ce train Raison. Mais il ne le fera pas. Il ne sera pas là. Il a choisit alors qu’aucun choix ne se présentait à lui. Bêtise humaine ivre de contrôle…

Le train s’arrêta. Elle prit son bagage, celui des choses futiles. Elle s’avança et laissa échapper le diamant. Avec lui une larme de souvenirs inonda ses yeux chocolat lui rappelant le premier regard, le premier rire, la première danse, le premier baiser, et leurs étreintes. Elle posa un premier pied dans ce train. C’était comme renoncer au bonheur qui s’était offert à elle. Elle abandonnait sur le quai de cette gare une âme perdue souffrant de ne pas être là. Un être d’apparences. Un jour peut-être il quitterait le manteau, se mettrait nu, et la rejoindrait, elle.

Assise dans ce train, elle réalisa qu’il pouvait l’emmener où il le souhaitait. Vers la raison, la force ou encore l’enfer. Elle venait de savoir, de comprendre et était sûre que se retrouver dans un wagon ne ferait pas d’elle une femme au manteau, et que la non venue de son être cher ne faisait pas de lui la pierre qu’il souhaitait être. Elle savait qu’elle resterait cet enfant au cœur pur et qu’elle ne se trahirait pas, n’empêcherait pas les sentiments de l’envahir, la remplir, et la rendre vivante. Elle espérait ce moment, celui ou l’autre comprendrait que la distance n’est pas liée à quelques frontières. Qu’elle n’est que la barrière des âmes froides qui se protègent de l’amour, des sensations incontrôlées qui amènent la peur, de celles qui donnent des frissons, mais qui marquent éternellement le cœur.

Elle ferma les yeux et revit les moutons qu’il fallait compter. Sa bouche délivra un sourire. Lorsqu’elle ouvrit son regard elle aperçu deux noisettes qui la dévisageaient. A cet instant elle comprit qu’il avait réalisé. Il était là. « Parce qu’en amour on souffre souvent, on se trompe quelques fois mais on aime. Aimer c’est vivre, et ne pas se laisser prendre pour un être factice créé par l’orgueil et l’ennui. »*

* retranscription de l’acte 2, scène 5, On ne badine pas avec l’amour, Alfred de Musset.

 

Narcisse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *